Les urnes ont parlé : série 3. Fin d’épisode

Sans gueule de bois, mais en mal de ne plus entendre ces grandes proclamations de foi électorales, je me suis pris à relire un vieil ouvrage des années 1920 : Jéroboam de la finance. Signé par Paul Laffitte, voici un personnage, à la fois auteur et éditeur (Editions de la Sirène), assez surprenant et, pour l’heure, particulièrement prophétique.

A mon avis, laissons le raconter. Presque un siècle après, peut-être serez-vous sans doute étonné que nous en sommes toujours au même point ? On ne peut que constater qu’une révolution, la cosmique, du moins, s’établit toujours sur une rotation de 360 degrés.

Macron

« Les Croque-Lardons de Phynance.

Le loup devenu berger.

Le loup est devenu berger. Tout comme celui de la fable il a endossé un hoqueton, a pris la houlette et la cornemuse, et, ainsi, attifé, il s’en est allé parmi les moutons et les brebis dont il s’est dit l’ami et le conseiller. Il a pris les titres de guide, de conseiller, d’ami des rentiers, des capitalistes, de l’épargne : à l’aide de ces mots et de quelques autres où se marque une grande franchise, l’intérêt violent qu’il porte au bien d’autrui ou le dévouement d’un bon serviteur, il a fabriqué un nombre considérable d’étiquettes qu’il a mises sur son chapeau : c’est moi qui suis Guillot*, le conseiller des moutons. Et les moutons, le voyant parmi eux, l’ont écouté. Il leur disait de si belles choses ! Mais ils n’observaient point que de jour en jour le troupeau diminuait, tandis que s’engraissait le sycophante.

Mais, pour avoir duré plus longtemps que son compère de la fable, le loup métamorphosé était cependant condamné. Car, le stratagème ayant réussi, les loups sont venus de toutes parts ; il en est venu des steppes de la Russie, des villes de l’Allemagne, des plaines de la Hongrie ; il en est même venu quelques-uns d’Angleterre, attirés sans doute par ce que leur grand journal « The Times«  appelle fort justement « la hideuse plaie française ». Leur nombre ainsi accru a multiplié les victimes : les hécatombes furent telles que les moutons de l’épargne s’aperçurent enfin que ces loups déguisés étaient plus dangereux encore que les autres. Le jour est venu où le loup ne trompe plus personne, où il ne trompe même plus sa faim. »

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* Sans doute fait-il référence à Adolphe Guillot, magistrat charitable qui prendra faits et cause pour la protection de l’enfance ?

Les urnes ont parlé : série 2.

Nous pensions en avoir fini avec ce premier tour électoral lorsque nous avons eu le plaisir de recevoir le commentaire ci-dessous de Bruno Menguy. Nous ne sommes pas d’accord mais, reconnaissons-le, ces arguments sont étayés et pas inintéressants. Exceptionnellement, cela justifie que nous les publions in extenso. Au lecteur de se faire son avis.

Contrairement à ce qu’affirme Bruno, nous n’avons aucune fierté dans cet abstentionnisme qui, dans le contexte institutionnel, particularise notre attitude. Il est – toutes proportions gardées – de la même veine que celle des citoyens, des étudiants ou des travailleurs qui, à un moment donné dans leurs rapports de lutte, rendent inopérant le pouvoir en refusant le dialogue avec ses dirigeants. Il n’y a donc pas une bonne méthode mais plusieurs. Cela reste fonction des hommes et des circonstances. De plus, cela ne saurait nous faire pleurer sur les malheurs de tel ou tel candidat déchu qui, de toutes les façons, reste tôt ou tard la proie d’un système particulièrement puissant et dévorateur. Des exemples anciens ou plus récents, comme en Amérique latine ou en Europe, nous le confirment.

Ce débat a le mérite de poser le problème du compagnonnage avec ceux et celles qui se considèrent comme des « insoumis » au système.

« Cher Roland,

Si je ne suis pas étonné de la teneur de tes deux derniers textes (Sarabande et Les urnes), comme je me suis également infligé la lecture du dernier Monde Libertaire consacré aux élections, ainsi que le dernier Onfray (je dis dernier qui date de mars 2017 sans être certain que ce graphomane n’ait pas déjà repondu), je dois dire que dans les trois cas me sont venus le goût de l’amertume, de la fausseté (pour ne pas dire de malhonnêteté), de l’irrationalité, du fatalisme, du dépit, de l’impuissance, des « passions tristes » comme aime à les voir chez les autres Onfray. Presque à l’identique, les candidatures (« ouvrières »?) Poutou et Arthaud, leur défaitisme de témoignage érigé en gage de bons sentiments , m’affligeaient tout autant que l’abstinence anarchiste.

En relisant le « manifeste des 60 » pour les candidatures ouvrières de 1864, animé par Tolain et qui suscita l’ouvrage posthume de Proudhon « De la capacité politique des classes ouvrières » je mesure non-seulement ce qu’il y avait de pertinent dans l’interpellation de Proudhon, au demeurant respectueuse et lumineuse, ce qui y demeure d’actualité (absence totale dans nos actuelles assemblées d’ouvriers, d’employés, de paysans, d’artisans sans parler des jeunes et des femmes), mais ce qui distingue profondément la modeste revendication des « 60 » par rapport d’une part aux droits sociaux actuels et aux contenus programmatique d’actuelles candidatures.
Je veux dire par là que la technique de l’abstention doit s’apprécier comme une modalité de vote mais certainement pas comme une posture morale identique à elle-même dans le temps et en toutes circonstances.

Autant vous dire, cher(e)s camarades anarchistes, tous si fiers de votre abstentionnisme qui vous mettrait à l’abri de toute responsabilité collective ou individuelle, que comme hommes et femmes conscients, plus que d’autres peut-être, des dérives toujours possibles des jeux démocratiques, vous vous devez non pas de pousser cette fébrile démocratie à ses pires penchants mais à l’en préserver pour le bien de tous. Ce n’est d’ailleurs pas si extraordinaire, des millions de personnes à des titres divers le font quotidiennement sans se prévaloir d’idéologie et, ce faisant, elles font société et la maintienne respirable.

L’indifférentisme et, plus simplement, le mépris que vous affichez pour la geste électorale, vous range plus sûrement du côté des partisans d’un vote censitaire à moins que vous ne préfériez pour lever toute ambiguïté, les dynasties bien assisses.

Votre posture, car c’en est une, tend à prêter de l’intelligence et de la profondeur à un non-acte puisqu’il n’est porté par aucune dynamique ni aucune force susceptible de l’incarner ; c’est une posture car elle n’interroge jamais les circonstances politiques et sociales, encore moins les programmes des postulants, tous réduits à de stériles bavardages et à un concourt de bobards ; posture et imposture enfin puisque qui peut le plus (vous les auto-proclamées « minorités agissantes » et autres « avant-gardes éclairées ») peut le moins et peut surtout accompagner dans ses efforts la population la plus avancée et déterminée à ne pas se faire tondre.

Clairement, à l’occasion de cette présidentielle, le candidat Jean-luc Mélenchon, avec ses « insoumis », leur programme et leur intention, portaient et incarnaient un programme digne pour l’avenir et rationnellement profitable au plus grand nombre. Malgré vos éternels quolibets cette candidature a réuni plus de 7 millions de voix, à quelques encablures (600 000 voix ) d’une présence au second tour. C’était une fenêtre de tir, jouable pour ne pas être l’éternel camp des vaincus, jouable car la configuration est rare, jouable car l’indispensable 3ème tour social, auquel vous ne manquerez pas de prendre votre part avec vos immenses troupes (!) aurait disposé d’un appui fort, plutôt que d’une hostilité.

Faites le compte, confrontez-vous au réel camarades, la victoire de Mélenchon aurait coincidée avec l’abrogation des lois El Khomry et Macron, avec l’arrêt des grand projets inutiles (Notre Dame des landes …), avec un retour de principe à la retraite à 60 ans avec 40 annuités de cotisations, à une restauration d’un pouvoir de vie pour les plus modestes, à une législation favorable aux coopératives ouvrières, à un serrage des gourmandises financières des hauts cadres et dirigeants, à une véritable bifurcation vers une société écologiste et dénucléarisée progressivement, pour un retrait de l’OTAN, pour un neutralisme pro-pacifiste et de coopération sur l’aire internationale, à une sanctuarisation du droit des femmes à disposer entièrement de leurs corps, à contrevenir au laxisme vis à vis des forces de l’ordre défaillantes soit dans leurs violences soit dans leurs abus de pouvoir, à restaurer une laïcité claire et non stigmatisante, à prendre en charge et en compte enfin la diversité humaine de la France contemporaine pour dissoudre les communautarismes de replis et éteindre les discriminations, pour reprendre une gestion humaine et rationnelle des fonctions publiques en vue du bien collectif, pour une entreprise démocratique d’ampleur vers la convocation d’une constituante, pour quantités d’autres petites libérations des tracasseries policières et administratives qui pourrissent le quotidien (légalisation du cannabis, gratuité des transports publics, garantie de l’accès à l’eau, gratuité dés 3 ans de la scolarité, loi sur la fin de vie, etc.). Enfin, une initiative forte aurait été prise vis-à-vis de l’Union Européenne en mettant dans la balance l’engagement de la France contre une harmonisation fiscale et sociale, une extermination des paradis fiscaux et une mise au service du bien collectif des pouvoirs d’action de la Banque Centrale Européenne.

Il faut donc être ignorant, malhonnête ou hostile (?) à ce programme pour s’en détourner. Il n’est pas révolutionnaire (quoi que!) mais il est évolutionnaire, va dans le bon sens, n’endeuille pas l’avenir, aide à penser mieux encore, encourage à l’enrichir, à l’amender, à le prolonger.

Quelle belle place vous auriez pu y prendre, en investissant les « insoumis », en vous mélangeant un peu aux autres, en cessant de jouer la carte de vos puretés idéologiques, en considérant le possibilisme comme un honneur, en vous réhumanisant en sortant de vos tribus hermétiques , crânes mais vouées à la mort (que vous conjurez par votre goût compulsif pour l’archive).

D’évidence, même si rien n’est mécanique, les seules candidatures des « trotskystes » et votre abstentionnisme proclamé ont suffit à éliminer Mélenchon de la course pour le seul bonheur de nos ennemis résolus, eux !

L’échéance qui vient n’est pas sans dangers, nous nous retrouvons avec une confrontation entre les fossoyeurs des acquis sociaux de dizaines d’années de luttes et de législations positives et les gros malins fascistes, déguisés en « amis du peuple » qui pour amplifier leur emprise ne rechignent à aucune annonce enjôleuse doublée de menaces terribles pour tout ce qui n’est pas blanc et convient malheureusement à une fange minoritaire mais audible de l’opinion publique.

Mais là, il n’y a plus mèche, chacun peut bien faire ce qu’il veut, on l’a dans le cul.
Je m’abstiendrai et alors ? Et vous, vous reprendrez votre antienne confortante mais inopérante, pas « dégagiste » mais habituellement habituée à votre paysage que vous avez renoncé à modifier , en attendant votre « Godot », la « sociale » !

L’anarchiste que je demeure est affligé des guerres picrocholines que vous semblez préférer entre personnalités du mouvement et officines plus ou moins durables au combat collectif contre les obstacles réels aux petits et grands élans pour l’émancipation qui est une œuvre de tous les jours sous diverses modalités.

Un grand bonhomme vient de mourir, le samedi 22 avril, Miguel Abensour, pourfendeur de la quiétude idéologique, amis des utopies, divulgateur des productions de « l’école de Francfort », proche de Lefort, Clastres, Castoriadis, auteur de magnifiques travaux sur La Boetie, Saint-Just, Harendt, Blanqui, celui qui osa dans notre modernité affirmer que la démocratie était toujours « la démocratie contre l’État », mais qui savait que nous vivions sous État et que, conséquemment, le combat des révoltés était une tension entre le principe de réalité, l’utopie créatrice et le principe de possibilité. Pourvu qu’il soit bien lu, mieux que de plus anciens.

Bien à vous.

Bruno M.

Paris, le 26 avril 2017 »

Les urnes ont parlé, une fois de plus !

Malgré le silence assourdissant des médias, les déroutes droite et gauche institutionnelles ont bien eu lieu. Il ne pouvait en être autrement.

Sans rentrer dans les tambouilles et les analyses politiques que les « spécialistes », cette nouvelle caste de gourous, nous rebattent les oreilles, nous pouvons au moins faire un double constat. Si Fillon, s’était allié à Debout la France, il aurait été, d’une courte tête, le premier, donc au deuxième tour. Perdu ! Encore plus nettement, si le PS, dont la déroute ne faisait aucun doute, s’était rallié aux insoumis, Mélenchon aurait été le grand gagnant de cette journée électorale. Vlan ! perdu la aussi. Le intérêts des apparatchik ont prévalu et expliquent que, pour ces deux là au moins, cela se soit mal passé. La déception s’est invitée au rendez-vous. Les intérêts des barons de la politique sont bien trop forts et la conservation, le reclassement de ceux-ci a donc commencé à s’opérer. C’est déjà le cas au PS et chez les amis de Sarkozy, mais pas seulement. Il faut s’attendre à ce que cela se poursuivre dans les semaines et mois à venir même si, très certainement, cela ne changera pas la physionomie générale du système en place.

Aujourd’hui, nous avons ce triste reflet d’une France dans laquelle circule dans ses veines un flux primordial profondément conservateur. Au lendemain de ce premier tour, c’est notre troisième constat. C’est tout simplement mathématique : il suffit d’additionner les scores de Macron, Le Pen, Fillon et Saint-Aignan pour s’apercevoir que plus de 70 % des votants s’expriment en faveur de cet éventail allant d’une droite modérée, bon teint, à sa frange la plus extrême. Le dernier quart des électeurs se trouve à gauche avec tout ce que cela suppose de bon… et de moins bon.

Le réalisme nous oblige à dire que cette mascarade n’est, malheureusement, pas en voie d’extinction. Plus que jamais, malgré le fort vent de face qui ralentit notre marche, il faut continuer à développer des réflexes d’abstention et du vote blanc marquant ainsi notre refus de participer à un ordre établi qui n’est et ne sera jamais le nôtre.

Sarabande électorale

Dimanche, ce premier et grand raout électoral aura déterminé quels seront les deux présidentiables restant en lice. Quel que soit l’issue de cette grande mascarade, le jeu de dupes n’aura été que plus éclatant : nous nous retrouvons face à des candidats malheureux, malades d’un score faiblard, mais toujours amoureux d’eux-mêmes.

Certes, nous connaissons les Pygmalion. Dans ce grand vide électoral, on a connu Pénélope et nous cherchons encore les Galatée… Un jeu de dupes, vous dis-je. « Ils ont voté et puis après » chantait le grand Léo Ferré. Ces mots, malheureusement, nous les fredonnerons encore longtemps car comme le titre Le Canard enchaîné du 19 avril 2017, nous assistons à « Un premier tour complètement flou !« 

Ramené à un dessin, ce journal esquisse une belle approche, très représentative de ce petit monde sans vergogne.

Canard 19-04-2017

Cet homme sera-t-il exécuté lui aussi, comme le fut le citoyen Macron par le despote Caligula ? Peut-être, mais c’est une autre histoire. Et puis après, oui après ? Le peuple va-t-il continuer à voter utile pour que cette sarabande continue de plus belle ?

Armand Gatti n’est plus

Du haut de ses 93 ans, un 6 avril 2017 à l’hôpital de Vincennes, Armand Gatti s’en est allé.

Il fut un personnage exceptionnel sachant concilier tout à la fois : révolte et amitiés libertaires, écriture et réalisation de films.

Sur cette photo, le voici intervenant encore, il y a une bonne paire d’années, en faveur des militants de Tarnac.

Gatti à Tarnac 2014

 

En guise de dernier hommage, difficile de mieux faire que Serge Utgé-Royo, celui qui fut l’un de ses amis espagnols.

« Dante Gatti ne dira plus ses poèmes

« Beaucoup d’entre nous, depuis 1938, n’avons plus jamais pensé à ce pays fraternel sans une secrète honte (…) Car nous l’avons d’abord laissé mourir seul. Et lorsqu’ensuite nos frères, vaincus par les mêmes armes qui devaient nous écraser, sont venus vers nous, nous leur avons donné des gendarmes pour les garder à distance… »

(« Nos frères d’Espagne », Albert Camus, Combat, 7 septembre 1944.)

Aujourd’hui, faire mémoire de la tragédie espagnole d’hier résonne dans le récit permanent de la douleur des peuples qui fuient la guerre, la peur et et la faim pour s’échouer sur les terres d’abondance de la forteresse européenne…

Un jour de printemps 2013, je me retrouvais, très ému, à Montreuil, au dernier étage sous les toits, dans le bureau-bibliothèque de Dante, alias Armand Gatti, avec quelques compagnons de notre toute neuve association de mémoire espagnole1. Hélène Châtelain, compagne de Dante, restait debout contre un mur et nous regardait tranquillement ; le vieux chien de la maison dormait sous ma chaise. Je n’avais pas revu Gatti depuis Liège, en 1983, où il venait présenter son film Nous étions tous des noms d’arbres (les jeunes frères Dardenne avaient collaboré à la réalisation liégeoise). Le poète avait devant lui le livre de l’histoire incroyable de ces républicains espagnols2 qui, vaincus hier dans leur pays par le fascisme international des années trente, devaient participer, cinq ans plus tard, à la libération de la France : Normandie, Paris, Strasbourg, Berchtesgaden…

Nous demandions alors à Gatti d’écrire une pièce de théâtre d’agit-prop, comme il l’avait fait en 1968 avec La passion du général Franco (interdite de TNP par de Gaulle, puis autorisée sous le titre Passion en violet, jaune et rouge, et jouée dans les entrepôts Calberson en 1972). L’homme arborait sur sa veste de toile noire un badge « Durruti ». Nous regardant tous attentivement, il avait brandi le bouquin de La Nueve en disant : « Je n’ai pas besoin d’écrire : tout est là ! » Et il nous désignait chacun du doigt en ajoutant : « Et c’est vous qui allez la jouer ! ».

Je dois dire que certains de mes compagnons étaient un peu consternés à l’idée de « faire le comédien » – la plupart étaient des militants syndicalistes et libertaires, peu enclins à monter sur scène. J’étais le seul saltimbanque de la bande, mais je ne pensais pas, alors, pouvoir trouver le temps d’apprendre, répéter et jouer une pièce qui n’était, d’ailleurs, pas encore écrite. Mais Gatti était très persuasif. Je me souviens que cette rencontre s’était répétée plusieurs fois avant que le projet prenne corps. Jean-Marc Luneau, ami et collaborateur de Gatti, assisterait efficacement celui-ci dans la mise en scène. Stéphane Gatti, un des fils, participerait au choix de témoignages de républicains contenus dans le bouquin, et monterait un film documentaire projeté pendant la pièce.

Armand Gatti jubilait de voir des anars de l’an deux mille prendre les mots des anars des années quarante et jouer les soldats antimilitaristes comme leurs compagnons d’antan… Nous avons donc dit les mots et chanté les chants devant des centaines de spectateurs et spectatrices – dont beaucoup venus d’Espagne – à La Parole errante de Montreuil, La Clef ou le Vingtième Théâtre de Paris. Gatti était de toutes les répétitions et de toutes les représentations. Sa générosité, bien connue de tous les militants syndicalistes, associatifs ou politiques, mettait le vaste lieu de La Parole errante à la disposition de l’intelligence en mouvement, du théâtre d’interpellation onirique, des chants du monde…

Je ne sais pas ce que deviendra maintenant cet endroit magique de la liberté de parole, à Montreuil. Je sais que Dante ne dira plus ses poèmes. Je sais qu’il n’assistera plus aux répétitions de ses pièces ou d’autres créations. Je sais qu’il rit désormais dans la galaxie des révolutionnaires non-alignés. Je sais que je suis affreusement triste et que nous sommes nombreux et nombreuses à l’être

7 avril 2017″

1 24-aout-1944.org

2 La Nueve, 24 août 1944. Ces républicains espagnols qui ont libéré Paris, Evelyn Mesquida, Le Cherche Midi, 2011.

Mantes-la-Jolie : vandalisme anti-laïque

Hier, samedi, des actes de vandalisme contre des Arbres de la Laïcité ont été commis simultanément dans quatre communes du Mantois (Yvelines) : Limay, Magnanville, Mantes-la-Ville et Rosny-sur-Seine.

Comme le montrent les trois photos, les arbres ont été sciés et les plaques volées. Certes, rien d’étonnant. Là, en l’occurrence, il s’agit d’une réponse coordonnée contre les défenseurs de l’idéal laïque. Il s’agit aussi, encore et toujours, d’actes de fascisme quels que soient les oripeaux dont il s’affuble.

On ne peut que constater et regretter que toutes les extrêmes se rejoignent et portent la même signature : celle de l’intolérance, c’est-à-dire d’un véritable refus de la liberté de pensée. Cela nous attriste et, plus encore, nous révolte. Mais, pour autant, comment en être étonné ?

C’est plus fort que tout. Quoique nous fassions, quoique nous disions, le fascisme porte en lui la haine… et la mort aussi ! Souhaitons que la réponse soit à la hauteur de cette provocation.

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Pas d’excuses Pénélope

oxfam

L’ONG Oxfam a établi un rapport 2017 accablant. En guise de présentation de ce document, nous vous en communiquons un bref extrait :

« … Depuis 2015, les 1 % les plus riches détiennent autant de richesses que le reste de la planète. En France, les 1 % les plus riches détiennent 25 % des richesses nationales.

À l’heure actuelle, seuls huit hommes détiennent autant de richesses que la moitié la plus pauvre de la population mondiale. En 2016, seuls 21 milliardaires possèdent autant que les 40 % les plus pauvres de la population française.

Au cours des 20 prochaines années, 500 personnes transmettront plus de 2 100 milliards de dollars à leurs héritiers, soit plus que le PIB de l’Inde, un pays qui compte 1,3 milliard d’habitants.

Les revenus des 10 % les plus pauvres ont augmenté de moins de 3 dollars par an entre 1988 et 2011, tandis que l’augmentation des revenus des 1 % les plus riches était 182 fois supérieure. En France, alors que le niveau de vie mensuel moyen des plus riches a progressé de 272 euros de 2003 à 2014, celui des plus pauvres a diminué de 31 euros.

Un PDG d’une entreprise du FTSE 100 (les cent entreprises britanniques les plus capitalisées et cotées à la bourse de Londres) gagne en un an autant que 10 000 ouvriers de l’industrie textile au Bangladesh.

Aux États-Unis, une nouvelle recherche publiée par l’économiste Thomas Piketty révèle qu’au cours des 30 dernières années, le revenu de la moitié la plus pauvre de la population n’a pas évolué, tandis que celui des 1 % les plus riches a augmenté de 300 %.

Au Vietnam, l’homme le plus riche du pays gagne plus en une journée que ce que touche la personne la plus pauvre en 10 ans.« 

La polémique qui agite le marigot français, à propos de Pénélope Fillon, semble complètement décalé… et surréaliste. Nous ne pouvons que le regretter. Malheureusement pour elle, nos pensées se tournent vers ces millions de salariés qui triment pour une rétribution ridiculement dérisoire, et vers ces millions de personnes qui survivent en extrême difficulté économique, non pas dans un château mais à la rue ou sous l’angoisse de la sonnerie d’un huissier.

Malheureusement, il n’y a bien quelques abrutis – c’est bien le mot – et cette petite frange de bourgeois nantis pour justifier ce candidat du conservatisme à tout crin. Alors, il serait enfin temps de procéder à un bon coup de balai et de partager ce qui doit l’être. C’est-à-dire tout ce dont l’économie générale recèle, cette richesse des nations (pour reprendre le titre du célèbre ouvrage d’Adam Smith) et, plus généralement, tout ce que les êtres humains sont aptes à produire en termes d’égalité, de fraternité et de partage.

Vivement que disparaissent tous ces prétendants au pouvoir et leurs féaux puant de leur morgue et de leur arrogance. Allez ouste, du balai ! Sans nous ils ne sont rien, sans eux nous pouvons tout !

Un cortège funèbre anti-IVG

Demain, une énième manifestation anti-IVG foulera le pavé parisien.

Alors que certains hurlent pour affirmer que la loi actuelle est contre la liberté d’expression, disons-le tout net : c’est pourtant ceux-là qui font acte autoritaire en récusant la liberté pour tout être humain de disposer de son propre corps. Ils ont le culot de retourner le concept de liberté en cherchant à interdire tout ce qui la favorise ! Nous avons bien du mal à trouver une once de démocratie dans une telle attitude !

oiesMais, politique quand tu nous tiens ? A droite, il y aura des abonnés absents. A quelques mois des prochaines échéances électorales, hormis les quelques suppôts, bien ancrés à la droite de la droite, il ne fera guère bon de s’afficher dans ce cortège au côté de la pasionaria de ce courant. Je veux parler de cette haute bourgeoise ultra-catho, Madeleine de Jessey, une toute proche du candidat : François Fillon.

Nous avons là, tel Janus, – mais est-ce bien original dans ce conglomérat de politiciens ? – des personnages aux deux visages. Car même si le chef de file de la droite (LR) affirme ne pas remettre en cause la loi existante, il indique tout autant que « philosophiquement et compte-tenu de ma foi personnelle, je ne peux pas approuver l’avortement« . Une façon claire de se positionner « anti » sans pratiquement prendre de position « contre » la législation existante. Encore que cela restera plus tard à vérifier dans les faits…

Oui, cette imprégnation catho se retrouve dans toute la galaxie politique. Il y a à gauche d’étranges personnages baignés dans l’eau du bénitier. D’étonnantes circonvolutions entourent les politiciens de tous poils. Pas étonnant donc que les gestations sur la liberté d’expression soient étonnement longues à se mettre en place quand, d’ailleurs, elles se font.

La « marche pour la vie«  ne saurait être celle qui nous est proposée demain.

Alors, pour une fois, disons-le : courage demain, fuyons les grands boulevards !