Note de Lecture

Autogestion pédago

de Hugues Lenoir

(Les Editions libertaires, oct. 204, 94 pages, 15 euros)

Sans se perdre dans de longs développements qui, très souvent, alourdissent exagérement le propos, Hugues Lenoir nous invite à faire un tour assez complet de la pédagogie et de l’éducation non autoritaire.

L’autogestion en milieu scolaire ne saurait être une pédagogie éducative de tout repos. Lorsqu’il affirme que « l’autogestion en pédagogie se «décrète» ou plutôt est proposée, induite, mais in fine elle ne pourra fonctionner qu’à conditon que ces pratiques soient appropriées et partagées par les apprenants eux-mêmes », l’auteur est clair et sans ambages. Pour lui, dans cette dynamique d’échanges qui s’établit entre l’apprenant et l’enseignant ce dernier ne peut être qu’un facilitateur se devant d’abandonner son costume professoral pour ne devenir qu’un fournisseur de ressources. Il doit s’interroger en permanence sur la nature et la fonction des savoirs, l’objectif restant l’émancipation de l’être en devenir.

Un véritable travail de réappropriation reste à promouvoir au sein de l’éducation active, en particulier dans les structures d’éducation populaire, deuxième grande partie de son ouvrage. Les structures de ce secteur ont été complètement gangrenées par la « professionnalisation et l’institutionnalisation », un cercle vicieux qui « renforce une tendance mortifère des sociétés contemporaines à la délégation ; il est en effet plus facile de se «payer» des professionnels que d’agir collectivement afin d’autogérer une structure associative ». Comment ne pas remarquer combien l’État a su en profiter de manière à alourdir les contraintes et les responsabilités des structures associatives ? Sans doute avez-vous à l’esprit l’évolution d’expériences comme les auberges de la jeunesse ou les maisons de la jeunesse et de la culture, petit à petit phagocytées par les pouvoirs publics ?

Hugues Lenoir argumente son propos fort des expériences passées ou toujours en cours. Beaucoup d’entre-elles eurent pour origine la pensée libertaire et d’autres furent largement influencées par celle-ci. Des militants de renom réfléchiront et apporteront leur concours à des méthodes pédagogiques autogestionnaires tout en favorisant la construction de structures populaires d’éducation. Cette narration d’expériences rend son travail attractif et concret. On a bien compris le sens de cet essai : l’objectif restant l’élévation de la culture des hommes, en leur fournissant les outils de développement de leur esprit critique. Même si cette belle ambition va connaître au fil des décennies des fortunes diverses, jamais la source ne se tarira.

Enfin, rappelons que l’auteur n’en est pas à son premier coup d’essai et nous espérons qu’il ne sera pas le dernier. Tout comme moi, je vous invite à apprécier cet excellent travail de synthèse. Il reste une belle occasion pour aller plus loin sur ce libre et égalitaire chemin de la connaissance pour tous.

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