Mots-clefs


Une marée immense et impressionnante hier a envahi les rues de Paris. Une force incroyable et belle à voir. Comme un puissant séisme cette force nous a happé et entraîné au gré d’un grand courant dérivant et d’une douce chaleur de solidarité qui se répandait en nous comblant d’aise.

20150111_Paris CharlieJe ne regrette pas cette participation à ce moment intense, dont l’ampleur extraordinaire n’arrive que très rarement dans une vie d’homme. Le peuple était dans la rue. Il exprimait son rejet de la violence subie et de sa volonté de défendre la liberté de conscience, un bien en mouvement perpétuel qui, malheureusement et par pressions successives, se trouve constamment remis en cause par les forces religieuses et politiques de ce système économique et social. Ces forces qui tentent, en permanence, à réduire la liberté de penser et les moyens de son expression. Le journal Charlie le sait mieux que quiconque.

De nombreux amis et camarades m’indiquèrent qu’ils n’envisageaient pas leur participation à une telle manifestation. A bien des égards, dans mon esprit leurs arguments faisaient mouche. La fine fleur des politiques de tous bords était là, étalant ou non l’écharpe républicaine et arborant des mines de circonstance. La délégation d’une cinquantaine de chefs d’État, savamment orchestrée par Hollande, complétait cette récupération hypocrite. Ajoutons les principaux médias qui, depuis ces sinistres jours d’attentats, nous jouaient des airs de violons largement rebattus. Comme mes amis, j’ai eu des moments d’hésitation avant de me décider à prendre les transports franciliens, gratuits pour l’occasion. En vérité, me semble-t-il, ne pas y aller aurait été une erreur.

L’unité populaire de ce week-end reflétait bien cette exigence : l’esprit Charlie planait sur le cortège et cela se ressentait au plus profond de nous-même. Ce fut l’occasion de constater, à l’écoute de manifestants qui nous environnaient, les quelques-uns qui fustigeaient allègrement la présence des politiciens sans gêne ou bien d’autres qui s’étonnaient de la présence du Front de Gauche distribuant leur « came », ou encore ceux qui trouvaient mal venue l’exhibition du drapeau d’Israël. Quel plaisir ces remarques récusant l’étroitesse d’esprit de ces étonnants manifestants, complètement en décalage avec cette foule venue exprimer dignement tout autre chose.

Oui, l’esprit Charlie se répandait dans la foule et cette marche traduisait parfaitement pour ses participants le refus de cette violence inqualifiable. Ne serait-ce que pour cela, il faisait bon, malgré le vent froid, de ressentir cette indéniable chaleur humaine se propageant de proche en proche jusqu’à m’atteindre.

Publicités