Le 250e anniversaire de la mort du Chevalier La Barre (décapité le 1er juillet 1766) aura été dignement marqué dans sa ville d’Abbeville. Et de façon originale : par un récit en bande dessinée et en picard.

La BarreAu départ, ce n’est pas l’aspect commémoratif qui a motivé son auteur, Jean-Bernard Roussel. « Le massacre à Charlie Hebdo m’avait choqué par le fait qu’on ait pu tuer pour blasphème, explique le dessinateur attitré du trimestriel picardisant Ch’Lanchron. Or le chevalier La Barre a été la dernière personne tuée en France pour ce motif de blasphème. J’ai fait le lien. » Et quoi de plus logique, pour évoquer la mort de dessinateurs que de faire un récit en bande dessinée. Et d’y ajouter une dimension qui ramène le drame du jeune chevalier à ses racines picardes.

Au départ, il ne devait s’agir que de deux ou trois planches. Au final, ce sera un récit en douze planches, qui donne lieu à un « numéro spécial de Ch’Lanchron » de 16 pages (pour 6 euros). À la bande dessinée s’ajoutent une bibliographie et une présentation des principaux acteurs du drame.Pour la trame narrative, Jean-Bernard Roussel a imaginé une rencontre imaginaire, à côté du monument La Barre d’Abbeville entre Gadrouille, le personnage mascotte de Ch’Lanchron et « Franchoé-Jean Leféve, Chfailler d’La Barre ». Ce dernier va alors lui raconter sa vie et sonmartyre. Si le dessin est rond et caricatural, le fond du récit est lui bien carré. Et très sérieusement documenté. Jean-Bernard Roussel a passé plusieurs mois dans les fonds de la bibliothèque d’Abbeville, il s’est inspiré de tableaux pour restituer la capitale du Ponthieu de l’époque – « une ville encore moyenâgeuse derrière ses murailles » – et son climat religieux très marqué. Tout est donc véridique dans les 99 cases. Noms des personnages, lieux et dates, tout a été vérifié. La procession du Saint-Sacrement qui vaudra à La Barre d’être accusé de ne pas s’être décoiffé, le Christ mutilé sur le Pont Neuf, le procès dans la grande salle du parlement de Paris sont restitués avec précision, jusqu’à la mise à mort finale. En « bonus », la dernière page présente même le « chemin du supplice » de La Barre dans Abbeville. Quant au texte en picard, il a été revu par Jacques Dulphy (une version en français est disponible en ligne sur le site de Ch’Lanchron.

« J’aurai pu en faire 48 pages tant on a recueilli de documents », souligne Jean-Bernard Roussel. Mais, en 12 pages, le récit se montre déjà très ludique et pédagogique. Et c’est une belle manière de rappeler cette affaire dont « on ne se rend paLa Barres compte de l’importance qu’elle a pu avoir ».

Daniel Muraz (in Le Courrier picard du 6/07/2016)

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