Décidément, les religieux nous prennent vraiment pour des ânes…

Il suffit de lire ci-dessous les larges extraits d’un entretien réalisé, le 31 juillet 2016, par le journaliste Thierry Delacourt du Paris-Normandie avec l’archevêque de Rouen, Mgr Dominique Lebrun, pour le comprendre.

Comme vous pourrez le constater, avec eux, il ne peut y avoir de rémission. Affirmation, mauvaise foi, tout y passe. Le registre semble parfait pour que, au bout du compte, la loi divine reprenne la place qu’elle a perdue. Est-ce que cela permettra de résoudre la désaffection qui sévit dans ces lieux de culte ? Rien n’est moins sûr et, affirmons-le, tant mieux ! Les représentants religieux ont bien du mal à comprendre que c’est fini l’âne… bâté.

En tous les cas, ce discours témoigne d’une radicalisation générale des esprits qui ne peut qu’inquiéter les humanistes de tous poils.

STEtienneRouvray

« Attentat à Saint-Etienne-du-Rouvray : pour l’archevêque de Rouen, Mgr Lebrun, la société est « au bout du modèle de la laïcité »

Au lendemain du 13 novembre, vous avez répondu aux chrétiens qui s’interrogeaient sur le pourquoi d’un tel déchaînement de haine qu’il n’y a de réponse à attendre. Cela veut dire quoi ?

« Il y a un déchaînement du mal qui est de l’ordre de Satan, du démon. Qu’il faut traiter comme tel. »

N’est-ce pas céder au fatalisme ? On ne peut rien faire, alors…

« Si : la réponse la plus forte c’est d’être uni au Christ qui a vaincu le démon. Le seul qui dit au démon de sortir c’est le Christ. C’est lui qui a vaincu la mort. »

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Au lendemain du 13 novembre, vous aviez réuni le comité interconfessionnel à l’évêché. Ce type de démarche n’est-il pas vain face à l’ampleur de la menace ?

« Le combat ne va pas se terminer demain. Enfin, tout est possible, Dieu est maître des cœurs. Jésus nous a promis l’aide de son esprit sain pour mener le combat jusqu’à la fin des temps. Donc, il ne faut pas s’attendre à ce que le combat cesse immédiatement. D’ailleurs il prend des formes variées. »

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Faudrait-il imaginer plus de rendez-vous, des événements, pour solidifier ce dialogue interreligieux qui reste fragile ?

« De fait, c’est fragile (…/…) Mais il y a un autre élément c’est la manière dont la société considère les religions. À les mettre à l’écart, on n’aide pas. Je crois que nous sommes au bout du modèle de la laïcité qui était exaspéré ces dernières années. Jusqu’à dire que la religion doit rester dans la sphère privée. Ce qui est tout à fait faux. Ou alors je n’existe plus. Dire ça, c’est considérer qu’il n’existe pas de communauté catholique, qu’il n’existe pas d’évêque, qu’il n’existe pas de cathédrale, qu’il n’existe pas de croix sur nos chemins. C’est ce qui nous est dit. Et c’est une folie, nier la religion. Ce qui est fragile, c’est aussi ça. »

Pouvez-vous préciser votre propos. Vous estimez que les religions ne sont pas assez, pas associées du tout au projet de la société ?

« Oui, elles ne sont pas associées au projet de la société. Disons, pas assez… Surtout, il faut inverser la tendance. Elle est aujourd’hui de les associer le moins possible et il faudrait les associer le plus possible. À leur place. Nous ne demandons pas un État confessionnel, nous demandons un vrai respect. »

Vous pensez que cela constitue un des germes des actes terroristes au nom de la foi ?

« Oui, car on détricote le socle. Les religions, entendons-nous, ce n’est pas seulement la prière, c’est la dignité de la personne humaine, élevée dans l’ordre divin. Moi, je crois que l’homme est fait à l’image de Dieu. Or, cette dignité humaine, qui est reçue, c’est ce que j’ai voulu dire en citant les Dix commandements (NDLR : lors du rassemblement de jeudi soir). On a petit à petit désappris non seulement le texte mais aussi la pratique des Dix commandements. »

Pourquoi avoir tenu à remercier les non-croyants dans votre discours jeudi ?

« Je remercie le non croyant qui m’apprend que je ne suis pas propriétaire de Dieu, qu’il se révèle à qui il veut. Le non-croyant m’apprend que je n’ai pas de mérite à croire. Et quelque part il y a en moi une part de non-croyant. C’est cela qui déforme l’image de Dieu. (…/…) Je pense qu’il faut un projet de société qui soit un projet de vie, et pas seulement la gestion de la liberté de chacun. C’est la liberté pour quoi faire? Pour construire quoi ensemble ? »

Vous comprenez que vos propos peuvent interpeller, alors que justement on est face à des fous qui veulent s’imposer à tous ? Imposer la religion sur la société.

« Je ne l’impose pas puisque je remercie le non-croyant. Mais quel est le projet de la société alors ? Tout le monde sait dans son cœur qu’une famille c’est important, tout le monde sait qu’un noir, qu’un chinois, un asiatique… on est à égalité. Tout le monde sait que l’on est de passage sur cette terre. Pourquoi on n’aurait pas un projet qui corresponde à ça. Oui, notre objectif c’est que les Soudanais aient les mêmes qualités de soins que nous. Pourquoi ce n’est pas un projet que l’on peut dire au lieu de transformer la Méditerranée en cimetière ?

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L’adultère n’est plus une faute. Vous connaissez-vous des gens qui disent à leur conjoint, tu peux coucher avec un tel, très bien, t’inquiète pas, ce n’est pas grave. Pourquoi la loi supprime-t-elle ce qui est dans le cœur de l’homme ? Pourquoi la loi et la société françaises ne seraient pas le reflet de ce qui est dans le cœur de l’homme ? Je suis confondu. On avance vers le mur. »

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Parmi les racines d’un manque de repères de la jeunesse, Mgr Lebrun évoque le vide spirituel (dixit le journaliste).

« Dans nos écoles publiques, on n’a pas le droit de croire. Quand j’ai 9 ans et que je reviens de week-end, la maîtresse dit : « vous avez passé un bon dimanche ? » Celui-là dit qu’il a joué au foot et tout ça. Mais si l’un d’eux lève le doigt en disant : « Moi, madame j’ai fait ma première communion », elle dit : « Quelqu’un d’autre à quelque chose à dire… »

Le petit musulman, il n’a pas le droit de croire. Nous, nous avons des écoles (NDLR : catholiques), où il y a 50/80 % de musulmans car ils viennent en disant, chez vous, on a le droit de croire. À ce moment-là, comment s’étonner qu’il ait une image déformée de Dieu ? Qu’est-ce que ça coûterait que dans nos écoles il puisse voir qu’il y en a qui croit, d’autres qui ne croient pas. Que cela soit abordé paisiblement comme dans les églises catholiques. On ne met pas des coups de règles sur les garçons et les filles qui disent : moi je ne crois pas.

La liberté elle est où ? Dans nos écoles. Dans les écoles publiques il n’y a pas de liberté. Là où il y a la liberté, c’est là où on peut dire que l’on croit. »

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