Alors que du haut de toutes les églises vingt-et-un siècles nous contemplent, cent onze ans déjà nous séparent de ce jour où fut voté la loi dite de séparation des églises et de l’État.

Le solde de tout compte ne peut être arrêté définitivement et encore moins effacé de notre mémoire car les soldes intermédiaires, les souvenirs des moments de lutte conservent toujours cet arrière-goût d’amertume. Cent dix ans d’affrontements laïques, tous marquées par des avancées mais aussi par de nombreux reculs de ce processus de laïcité qui s’est répandu très lentement dans tous les domaines de la société civile, justifiant toujours plus la séparation sans équivoque entre sphère publique et sphère privée.

Coup dur pour les églises, particulièrement pour la « catho« , qui disposent toujours et depuis longtemps d’une emprise sur l’enseignement. Comment négliger son poids, son influence et donc sa force de réaction ? Comment oublier toute l’importance et la disponibilité de cette armée, faite de dizaines de milliers de frères, de sœurs et de prêtres constituant un corps de professionnels que n’importe quel parti politique rêverait de posséder ?

Alors flux et reflux quand tu nous tiens… la société ne cesse de subir les assauts de forces religieuses qui jamais ne désarment. Si la « laïque«  n’a pas perdu la partie, reconnaissons qu’elle se trouve salement abîmée. Les attaques diverses dont elle est l’objet vont bien au-delà du périmètre de la cour d’école. Le portail reste grand ouvert et elle subit toutes les influences néfastes qui viennent de l’extérieur. Bien avant 1905, cela faisait déjà écrire à Proudhon : « L’élément le plus ancien du gouvernement, le boulevard de l’autorité, est sans contredit le culte » (in Idée générale de la Révolution au XIXe siècle).

En vérité, même si les enjeux scolaires continuent à cristalliser les problèmes les plus criants de la laïcité, il nous faut aller bien au-delà et, très certainement, entrevoir les causes et les conditions de cet échec partiel de ce qui a été et reste encore le fameux « modèle«  sociétal français. Son usure ne nous semble pas dû aux temps mais aux forces puissantes et dissolvantes qui le rongent et qui conspirent contre elles.

Sans doute devons-nous poser cette question : n’est-ce pas le lot de toutes les grandes réformes et de tous les grands combats des peuples cherchant un avenir meilleur contre l’avis des forces qui les dominent ? Le tout récent film « La Sociale » un autre exemple de ce combat, jamais arrêté, avec les forces de la réaction.

Ce 9 décembre est l’occasion de manifestations multiples. Même des pétitions comme, en ce jour, celle initiée par une organisation de libres-penseurs : la FNLP. Son contenu nous rappelle des pratiques toujours en vigueur. Celles-ci s’écrivent selon le plus petit dénominateur commun qui permet de rassembler un certain nombre de braves laïques, des notables sociaux et – ha !- des intellectuels toujours en verve pour l’obtention de plus de reconnaissance publique. Les auteurs de ces pétitions veulent rester ce centre incontournable de l’union. Bref, il nous joue une ritournelle combien de fois entendue… et – sous-entendu – gare aux autres : l’histoire les jugera !

Bien qu’ayant reçu comme d’autres cet appel, nous nous permettons de décliner l’invitation qui, pour nous et une fois de plus, sent le coup tordu de l’union irréelle..

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