Sans gueule de bois, mais en mal de ne plus entendre ces grandes proclamations de foi électorales, je me suis pris à relire un vieil ouvrage des années 1920 : Jéroboam de la finance. Signé par Paul Laffitte, voici un personnage, à la fois auteur et éditeur (Editions de la Sirène), assez surprenant et, pour l’heure, particulièrement prophétique.

A mon avis, laissons le raconter. Presque un siècle après, peut-être serez-vous sans doute étonné que nous en sommes toujours au même point ? On ne peut que constater qu’une révolution, la cosmique, du moins, s’établit toujours sur une rotation de 360 degrés.

Macron

« Les Croque-Lardons de Phynance.

Le loup devenu berger.

Le loup est devenu berger. Tout comme celui de la fable il a endossé un hoqueton, a pris la houlette et la cornemuse, et, ainsi, attifé, il s’en est allé parmi les moutons et les brebis dont il s’est dit l’ami et le conseiller. Il a pris les titres de guide, de conseiller, d’ami des rentiers, des capitalistes, de l’épargne : à l’aide de ces mots et de quelques autres où se marque une grande franchise, l’intérêt violent qu’il porte au bien d’autrui ou le dévouement d’un bon serviteur, il a fabriqué un nombre considérable d’étiquettes qu’il a mises sur son chapeau : c’est moi qui suis Guillot*, le conseiller des moutons. Et les moutons, le voyant parmi eux, l’ont écouté. Il leur disait de si belles choses ! Mais ils n’observaient point que de jour en jour le troupeau diminuait, tandis que s’engraissait le sycophante.

Mais, pour avoir duré plus longtemps que son compère de la fable, le loup métamorphosé était cependant condamné. Car, le stratagème ayant réussi, les loups sont venus de toutes parts ; il en est venu des steppes de la Russie, des villes de l’Allemagne, des plaines de la Hongrie ; il en est même venu quelques-uns d’Angleterre, attirés sans doute par ce que leur grand journal « The Times«  appelle fort justement « la hideuse plaie française ». Leur nombre ainsi accru a multiplié les victimes : les hécatombes furent telles que les moutons de l’épargne s’aperçurent enfin que ces loups déguisés étaient plus dangereux encore que les autres. Le jour est venu où le loup ne trompe plus personne, où il ne trompe même plus sa faim. »

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* Sans doute fait-il référence à Adolphe Guillot, magistrat charitable qui prendra faits et cause pour la protection de l’enfance ?

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