Sarabande électorale

Dimanche, ce premier et grand raout électoral aura déterminé quels seront les deux présidentiables restant en lice. Quel que soit l’issue de cette grande mascarade, le jeu de dupes n’aura été que plus éclatant : nous nous retrouvons face à des candidats malheureux, malades d’un score faiblard, mais toujours amoureux d’eux-mêmes.

Certes, nous connaissons les Pygmalion. Dans ce grand vide électoral, on a connu Pénélope et nous cherchons encore les Galatée… Un jeu de dupes, vous dis-je. « Ils ont voté et puis après » chantait le grand Léo Ferré. Ces mots, malheureusement, nous les fredonnerons encore longtemps car comme le titre Le Canard enchaîné du 19 avril 2017, nous assistons à « Un premier tour complètement flou !« 

Ramené à un dessin, ce journal esquisse une belle approche, très représentative de ce petit monde sans vergogne.

Canard 19-04-2017

Cet homme sera-t-il exécuté lui aussi, comme le fut le citoyen Macron par le despote Caligula ? Peut-être, mais c’est une autre histoire. Et puis après, oui après ? Le peuple va-t-il continuer à voter utile pour que cette sarabande continue de plus belle ?

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Armand Gatti n’est plus

Du haut de ses 93 ans, un 6 avril 2017 à l’hôpital de Vincennes, Armand Gatti s’en est allé.

Il fut un personnage exceptionnel sachant concilier tout à la fois : révolte et amitiés libertaires, écriture et réalisation de films.

Sur cette photo, le voici intervenant encore, il y a une bonne paire d’années, en faveur des militants de Tarnac.

Gatti à Tarnac 2014

 

En guise de dernier hommage, difficile de mieux faire que Serge Utgé-Royo, celui qui fut l’un de ses amis espagnols.

« Dante Gatti ne dira plus ses poèmes

« Beaucoup d’entre nous, depuis 1938, n’avons plus jamais pensé à ce pays fraternel sans une secrète honte (…) Car nous l’avons d’abord laissé mourir seul. Et lorsqu’ensuite nos frères, vaincus par les mêmes armes qui devaient nous écraser, sont venus vers nous, nous leur avons donné des gendarmes pour les garder à distance… »

(« Nos frères d’Espagne », Albert Camus, Combat, 7 septembre 1944.)

Aujourd’hui, faire mémoire de la tragédie espagnole d’hier résonne dans le récit permanent de la douleur des peuples qui fuient la guerre, la peur et et la faim pour s’échouer sur les terres d’abondance de la forteresse européenne…

Un jour de printemps 2013, je me retrouvais, très ému, à Montreuil, au dernier étage sous les toits, dans le bureau-bibliothèque de Dante, alias Armand Gatti, avec quelques compagnons de notre toute neuve association de mémoire espagnole1. Hélène Châtelain, compagne de Dante, restait debout contre un mur et nous regardait tranquillement ; le vieux chien de la maison dormait sous ma chaise. Je n’avais pas revu Gatti depuis Liège, en 1983, où il venait présenter son film Nous étions tous des noms d’arbres (les jeunes frères Dardenne avaient collaboré à la réalisation liégeoise). Le poète avait devant lui le livre de l’histoire incroyable de ces républicains espagnols2 qui, vaincus hier dans leur pays par le fascisme international des années trente, devaient participer, cinq ans plus tard, à la libération de la France : Normandie, Paris, Strasbourg, Berchtesgaden…

Nous demandions alors à Gatti d’écrire une pièce de théâtre d’agit-prop, comme il l’avait fait en 1968 avec La passion du général Franco (interdite de TNP par de Gaulle, puis autorisée sous le titre Passion en violet, jaune et rouge, et jouée dans les entrepôts Calberson en 1972). L’homme arborait sur sa veste de toile noire un badge « Durruti ». Nous regardant tous attentivement, il avait brandi le bouquin de La Nueve en disant : « Je n’ai pas besoin d’écrire : tout est là ! » Et il nous désignait chacun du doigt en ajoutant : « Et c’est vous qui allez la jouer ! ».

Je dois dire que certains de mes compagnons étaient un peu consternés à l’idée de « faire le comédien » – la plupart étaient des militants syndicalistes et libertaires, peu enclins à monter sur scène. J’étais le seul saltimbanque de la bande, mais je ne pensais pas, alors, pouvoir trouver le temps d’apprendre, répéter et jouer une pièce qui n’était, d’ailleurs, pas encore écrite. Mais Gatti était très persuasif. Je me souviens que cette rencontre s’était répétée plusieurs fois avant que le projet prenne corps. Jean-Marc Luneau, ami et collaborateur de Gatti, assisterait efficacement celui-ci dans la mise en scène. Stéphane Gatti, un des fils, participerait au choix de témoignages de républicains contenus dans le bouquin, et monterait un film documentaire projeté pendant la pièce.

Armand Gatti jubilait de voir des anars de l’an deux mille prendre les mots des anars des années quarante et jouer les soldats antimilitaristes comme leurs compagnons d’antan… Nous avons donc dit les mots et chanté les chants devant des centaines de spectateurs et spectatrices – dont beaucoup venus d’Espagne – à La Parole errante de Montreuil, La Clef ou le Vingtième Théâtre de Paris. Gatti était de toutes les répétitions et de toutes les représentations. Sa générosité, bien connue de tous les militants syndicalistes, associatifs ou politiques, mettait le vaste lieu de La Parole errante à la disposition de l’intelligence en mouvement, du théâtre d’interpellation onirique, des chants du monde…

Je ne sais pas ce que deviendra maintenant cet endroit magique de la liberté de parole, à Montreuil. Je sais que Dante ne dira plus ses poèmes. Je sais qu’il n’assistera plus aux répétitions de ses pièces ou d’autres créations. Je sais qu’il rit désormais dans la galaxie des révolutionnaires non-alignés. Je sais que je suis affreusement triste et que nous sommes nombreux et nombreuses à l’être

7 avril 2017″

1 24-aout-1944.org

2 La Nueve, 24 août 1944. Ces républicains espagnols qui ont libéré Paris, Evelyn Mesquida, Le Cherche Midi, 2011.

Mantes-la-Jolie : vandalisme anti-laïque

Hier, samedi, des actes de vandalisme contre des Arbres de la Laïcité ont été commis simultanément dans quatre communes du Mantois (Yvelines) : Limay, Magnanville, Mantes-la-Ville et Rosny-sur-Seine.

Comme le montrent les trois photos, les arbres ont été sciés et les plaques volées. Certes, rien d’étonnant. Là, en l’occurrence, il s’agit d’une réponse coordonnée contre les défenseurs de l’idéal laïque. Il s’agit aussi, encore et toujours, d’actes de fascisme quels que soient les oripeaux dont il s’affuble.

On ne peut que constater et regretter que toutes les extrêmes se rejoignent et portent la même signature : celle de l’intolérance, c’est-à-dire d’un véritable refus de la liberté de pensée. Cela nous attriste et, plus encore, nous révolte. Mais, pour autant, comment en être étonné ?

C’est plus fort que tout. Quoique nous fassions, quoique nous disions, le fascisme porte en lui la haine… et la mort aussi ! Souhaitons que la réponse soit à la hauteur de cette provocation.

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Pas d’excuses Pénélope

oxfam

L’ONG Oxfam a établi un rapport 2017 accablant. En guise de présentation de ce document, nous vous en communiquons un bref extrait :

« … Depuis 2015, les 1 % les plus riches détiennent autant de richesses que le reste de la planète. En France, les 1 % les plus riches détiennent 25 % des richesses nationales.

À l’heure actuelle, seuls huit hommes détiennent autant de richesses que la moitié la plus pauvre de la population mondiale. En 2016, seuls 21 milliardaires possèdent autant que les 40 % les plus pauvres de la population française.

Au cours des 20 prochaines années, 500 personnes transmettront plus de 2 100 milliards de dollars à leurs héritiers, soit plus que le PIB de l’Inde, un pays qui compte 1,3 milliard d’habitants.

Les revenus des 10 % les plus pauvres ont augmenté de moins de 3 dollars par an entre 1988 et 2011, tandis que l’augmentation des revenus des 1 % les plus riches était 182 fois supérieure. En France, alors que le niveau de vie mensuel moyen des plus riches a progressé de 272 euros de 2003 à 2014, celui des plus pauvres a diminué de 31 euros.

Un PDG d’une entreprise du FTSE 100 (les cent entreprises britanniques les plus capitalisées et cotées à la bourse de Londres) gagne en un an autant que 10 000 ouvriers de l’industrie textile au Bangladesh.

Aux États-Unis, une nouvelle recherche publiée par l’économiste Thomas Piketty révèle qu’au cours des 30 dernières années, le revenu de la moitié la plus pauvre de la population n’a pas évolué, tandis que celui des 1 % les plus riches a augmenté de 300 %.

Au Vietnam, l’homme le plus riche du pays gagne plus en une journée que ce que touche la personne la plus pauvre en 10 ans.« 

La polémique qui agite le marigot français, à propos de Pénélope Fillon, semble complètement décalé… et surréaliste. Nous ne pouvons que le regretter. Malheureusement pour elle, nos pensées se tournent vers ces millions de salariés qui triment pour une rétribution ridiculement dérisoire, et vers ces millions de personnes qui survivent en extrême difficulté économique, non pas dans un château mais à la rue ou sous l’angoisse de la sonnerie d’un huissier.

Malheureusement, il n’y a bien quelques abrutis – c’est bien le mot – et cette petite frange de bourgeois nantis pour justifier ce candidat du conservatisme à tout crin. Alors, il serait enfin temps de procéder à un bon coup de balai et de partager ce qui doit l’être. C’est-à-dire tout ce dont l’économie générale recèle, cette richesse des nations (pour reprendre le titre du célèbre ouvrage d’Adam Smith) et, plus généralement, tout ce que les êtres humains sont aptes à produire en termes d’égalité, de fraternité et de partage.

Vivement que disparaissent tous ces prétendants au pouvoir et leurs féaux puant de leur morgue et de leur arrogance. Allez ouste, du balai ! Sans nous ils ne sont rien, sans eux nous pouvons tout !

Un cortège funèbre anti-IVG

Demain, une énième manifestation anti-IVG foulera le pavé parisien.

Alors que certains hurlent pour affirmer que la loi actuelle est contre la liberté d’expression, disons-le tout net : c’est pourtant ceux-là qui font acte autoritaire en récusant la liberté pour tout être humain de disposer de son propre corps. Ils ont le culot de retourner le concept de liberté en cherchant à interdire tout ce qui la favorise ! Nous avons bien du mal à trouver une once de démocratie dans une telle attitude !

oiesMais, politique quand tu nous tiens ? A droite, il y aura des abonnés absents. A quelques mois des prochaines échéances électorales, hormis les quelques suppôts, bien ancrés à la droite de la droite, il ne fera guère bon de s’afficher dans ce cortège au côté de la pasionaria de ce courant. Je veux parler de cette haute bourgeoise ultra-catho, Madeleine de Jessey, une toute proche du candidat : François Fillon.

Nous avons là, tel Janus, – mais est-ce bien original dans ce conglomérat de politiciens ? – des personnages aux deux visages. Car même si le chef de file de la droite (LR) affirme ne pas remettre en cause la loi existante, il indique tout autant que « philosophiquement et compte-tenu de ma foi personnelle, je ne peux pas approuver l’avortement« . Une façon claire de se positionner « anti » sans pratiquement prendre de position « contre » la législation existante. Encore que cela restera plus tard à vérifier dans les faits…

Oui, cette imprégnation catho se retrouve dans toute la galaxie politique. Il y a à gauche d’étranges personnages baignés dans l’eau du bénitier. D’étonnantes circonvolutions entourent les politiciens de tous poils. Pas étonnant donc que les gestations sur la liberté d’expression soient étonnement longues à se mettre en place quand, d’ailleurs, elles se font.

La « marche pour la vie«  ne saurait être celle qui nous est proposée demain.

Alors, pour une fois, disons-le : courage demain, fuyons les grands boulevards !

La conquête du pain

Pour certains, il est bon de rappeler qu’en ces temps de fêtes il existe de bien belles expériences. En l’occurrence ici, cette boulangerie sise à Montreuil (47 rue de la Beaune, 93100).

boulangerie-autogereeEn gestion  directe depuis deux ans, elle témoigne d’un fonctionnement longtemps défendu par le courant anti-autoritaire, qui fut mis en pratique à travers plusieurs expériences et, parmi les plus connues, en Ukraine et en Espagne au cours des premières décennies du siècle précédent.

Longue vie à cette boulangerie et, si vous passez par là, prenez le temps pour ce détour !

En attendant, allez visiter le site de la Boulangerie autogérée.

et sur vidéo : La Conquête du pain

Vallès est là : il revient !

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La revue « Autour de Vallès » sort son quarante-sixième numéro*.

Depuis 1982 il ne paraît qu’une sortie annuelle, c’est dire combien l’équipe éditoriale distille ses études et reste assoiffée par ses recherches et ses multiples études sur cet homme étonnant, ce militant sulfureux, qui laissera à la postérité une œuvre considérable.

Je ne peux que vous inviter à vous procurer ce numéro et ses prédécesseurs, sans aucun doute tous de grande qualité.

Et, après tout, c’est bien la fin de l’année. Alors…

* 30€ le numéro qui inclus l’adhésion à l’Assoc. Les Amis de Jules Vallès.

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Alleluia : 9 décembre… 1905 !

Alors que du haut de toutes les églises vingt-et-un siècles nous contemplent, cent onze ans déjà nous séparent de ce jour où fut voté la loi dite de séparation des églises et de l’État.

Le solde de tout compte ne peut être arrêté définitivement et encore moins effacé de notre mémoire car les soldes intermédiaires, les souvenirs des moments de lutte conservent toujours cet arrière-goût d’amertume. Cent dix ans d’affrontements laïques, tous marquées par des avancées mais aussi par de nombreux reculs de ce processus de laïcité qui s’est répandu très lentement dans tous les domaines de la société civile, justifiant toujours plus la séparation sans équivoque entre sphère publique et sphère privée.

Coup dur pour les églises, particulièrement pour la « catho« , qui disposent toujours et depuis longtemps d’une emprise sur l’enseignement. Comment négliger son poids, son influence et donc sa force de réaction ? Comment oublier toute l’importance et la disponibilité de cette armée, faite de dizaines de milliers de frères, de sœurs et de prêtres constituant un corps de professionnels que n’importe quel parti politique rêverait de posséder ?

Alors flux et reflux quand tu nous tiens… la société ne cesse de subir les assauts de forces religieuses qui jamais ne désarment. Si la « laïque«  n’a pas perdu la partie, reconnaissons qu’elle se trouve salement abîmée. Les attaques diverses dont elle est l’objet vont bien au-delà du périmètre de la cour d’école. Le portail reste grand ouvert et elle subit toutes les influences néfastes qui viennent de l’extérieur. Bien avant 1905, cela faisait déjà écrire à Proudhon : « L’élément le plus ancien du gouvernement, le boulevard de l’autorité, est sans contredit le culte » (in Idée générale de la Révolution au XIXe siècle).

En vérité, même si les enjeux scolaires continuent à cristalliser les problèmes les plus criants de la laïcité, il nous faut aller bien au-delà et, très certainement, entrevoir les causes et les conditions de cet échec partiel de ce qui a été et reste encore le fameux « modèle«  sociétal français. Son usure ne nous semble pas dû aux temps mais aux forces puissantes et dissolvantes qui le rongent et qui conspirent contre elles.

Sans doute devons-nous poser cette question : n’est-ce pas le lot de toutes les grandes réformes et de tous les grands combats des peuples cherchant un avenir meilleur contre l’avis des forces qui les dominent ? Le tout récent film « La Sociale » un autre exemple de ce combat, jamais arrêté, avec les forces de la réaction.

Ce 9 décembre est l’occasion de manifestations multiples. Même des pétitions comme, en ce jour, celle initiée par une organisation de libres-penseurs : la FNLP. Son contenu nous rappelle des pratiques toujours en vigueur. Celles-ci s’écrivent selon le plus petit dénominateur commun qui permet de rassembler un certain nombre de braves laïques, des notables sociaux et – ha !- des intellectuels toujours en verve pour l’obtention de plus de reconnaissance publique. Les auteurs de ces pétitions veulent rester ce centre incontournable de l’union. Bref, il nous joue une ritournelle combien de fois entendue… et – sous-entendu – gare aux autres : l’histoire les jugera !

Bien qu’ayant reçu comme d’autres cet appel, nous nous permettons de décliner l’invitation qui, pour nous et une fois de plus, sent le coup tordu de l’union irréelle..